Culture Rastafari

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L'Eglise Orthodoxe d'Ethiopie et les Rastas

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Quand Haile Selassie incita les Rastas à croire en Jesus Christ.

 

Après sa visite officielle à Kingston (en avril 1966), Haïlé Sélassié décida d'implanter l'Eglise Ethiopienne Orthodoxe sur le sol jamaïcain. Il fit cadeau à la communauté rastafari de jamaïque d'un terrain de 500 hectares situé à shashemene.

Malgré leur fascination pour l'Ethiopie et pour le Roi des rois, les Rastas nourrissent une méfiance prononcée pour les églises. Missionné par le négus, le prêtre Laike Mandefro sévertua à convertir la geste rastafarienne à la parole d'Eyesus Kristos (Jésus Christ). Mandefro exigea des Rastas qu'ils renoncent à leur croyance en la divinité de l'empereur pour se consacrer au credo chrétien. Face à ce douloureux dilemme, de nombreux rastas refusèrent d'abjurer leur foi, d'autres cherchèrent un improbable compromis entre leur culte du Négus et celui de Jésus

Les origines du christianisme éthiopien remontent aux prémices de la chrétienté. Le martyr de Saint Marc l'évangéliste (en 68 après JC) constitue, pour la plupart des théologiens, la date de naissance du christianisme copte en Egypte. Deux moines coptes de Syrie (Frumence et Edésius) convertirent l'empereur abyssin Ezana au christianisme copte au IVème siècle. Des clivages théologiques sur la nature du Christ divisèrent les chrétiens du monde entier lors du concile de Chalcédoine en l'an 451. Contrairement à la doctrine professée par l'église de Rome, les coptes soutiennent la nature unique du Christ (monophysisme). Le schisme entre les deux églises fut dès lors incontournable.

C'est manifestement cette indépendance à l'égard de l'église romaine (babylonienne) qui a fasciné les rastafariens. Rattachée au patriarcat d'Alexandrie, l'Eglise copte d'Ethiopie a peu à peu développé sa propre identité doctrinale et liturgique . « Défendeur de la foi », Haïlé Sélassié décida d'affranchir progressivement l'église d'Ethiopie de la tutelle alexandrine. En 1959, elle devint autocéphale (autonome) et rebaptisée : église éthiopienne orthodoxe (Ya Ityopya Ortodoksawit Beta Krestiyan ). Sur les ordres de l'empereur, le prêtre Laike Mandefro eut la lourde charge détablir l'Eglise Orthodoxe d'Ethiopie en Jamaïque : Je ne voulais pas y aller mais l'empereur ma dit : je veux aider ce peuple. Mon coeur est brisé par la situation de ce peuple. Aide les à trouver le vrai Dieu. Enseignes-leur. C'était l'ordre de l'empereur et je ne pouvais refuser.

Dans un ouvrage autobiographique, The Ethiopian Tewahedo Church, Mandefro (renommé par la suite archevêque Yesehaq) relate les difficultés de sa tâche : Certains désiraient être baptisés mais pas au nom de Jésus Christ. Je leur dis que je ne pouvais pas baptiser à un autre nom que celui de Jésus Christ (...) Ils croient que le christianisme a été utilisé par le monde occidental pour créer l'esclavage. Les réminiscences de la traite négrière et les conversions massives et forcées au christianisme ne sont pas étrangères à cette aversion viscérale de l'Eglise. Honnies entre toutes, l'église catholique revêt à leurs yeux une dimension particulièrement diabolique. Autorité suprême de l'église romaine, la figure papale est parfois assimilé à l'Antéchrist. Confronté à l'anti-cléricalisme des rastas, Yesehaq commente : « « Les Rastafariens ont développé un esprit militant, résultat de leur conception dun « système d'oppression », et en cela ils n'appréciaient guère la référence à l'église, encore moins au baptême.

Certains condamnaient avec une telle force l'idée même d'esclavage qu'ils rendaient responsable le « maître esclavagiste » de les avoir endoctriné avec les notions d'église, de christianisme, et de Jésus Christ. Ils s'interrogeaient sur le fait suivant : comment des personnes peuvent-ils opprimer un autre groupe d'individus, et dans un même temps prêcher la bonne parole de Jésus Christ, son amour pour l'humanité, et la chrétienté ? » Les relations qu'entretiennent les rastas avec les institutions religieuses relèvent, le plus souvent, du rejet pur et simple. L'église, au même titre que l'Etat, représente une des nombreuses facettes de Babylone. Lors de l'ouverture de l'Eglise d'Ethiopie, de nombreux rastas se présentèrent néanmoins au dignitaire abyssin. Yesahaq se remémore cette étrange situation : « La réunion à l'église d'Ebenezer pour l'inscription des adeptes fut pour moi un moment inoubliable et quelque peu affligeant, spécialement lorsque quelques Rastafariens en colère ont demandé :

« Qui c'est le Christ ? »

Malgré tout, alors même que je n'avais pas encore cerné les raisons profondes de leur incompréhension et de leur système de pensée, j'ai bien compris leur mécontentement et leur frustration. Nous étions confrontés à un peuple en quête de son identité, totalement perdu au sein de la civilisation occidentale, un peuple rejeté et éparpillé. J'ai pensé qu'il devait bien exister quelque institution de leur terre natale qui pouvait contribuer à les rassembler, leur donnant une identité propre et collective qui les rapprocherait de Dieu. » Yesehaq entendait combler cette recherche identitaire en leur dispensant les enseignements du Christ. Mais l'hétérodoxie rastafarienne s'accommodait mal avec les exigences formulées par Yesehaq.

Pour être baptisé, les rastas devaient renier leur vision divinisée de Ras Tafari et renoncer d'autre part à leur utilisation sacralisée du cannabis : L'herbe utilisée pour fumer, pas seulement par les Rastafariens mais aussi par les non Rastafariens, est illégale et contraire à la culture éthiopienne. L'empereur n'était pas un Dieu pour le peuple d'Ethiopie et les autres nations. Il était un homme pieux, élu roi d'Ethiopie. Si lon peut reconnaître le respect, l'amour et la dévotion qu'on lui portait en sa qualité dhomme d"église, il est de mon devoir de dire la vérité et de rappeler avec force à mes frères et soeurs, jeunes et vieux, le commandement de Dieu : « Il ny a aucun autre Dieu avant moi car je suis un Dieu Jaloux et vous devez tournez vos coeurs et suivre le bon chemin, celui du Christ, sans qui aucun salut n'est possible. »

Cette dernière phrase fait référence au Décalogue, (les dix commandements édictés dans le Deutéronome V). Si l'archevêque Yesehaq insiste tant sur ce point, c'est qu'un grand nombre de rastas convertis au christianisme orthodoxe éthiopien continuaient néanmoins à révérer Haïlé Sélassié comme une déité. Apostasier le credo rastafarien devant le prêtre est une chose, abandonner intérieurement cette même croyance en est une autre. « Tous les Rastafariens nont pas le même point de vue quant à la divinité de l'Empereur. Certains s'adressent à lui en le nommant Dieu Tout-Puissant ou Christ alors que d'autres ne le considèrent pas comme Dieu, mais voient plutôt une image du Christ à travers lui.

Pour eux, il est la Bible, le Livre en tant que manuel avec lequel ils pourront apprendre des choses sur le Christ. Il y en a encore d'autres qui affirment que Haïlé Sélassié ne peut pas être le Messie revenu parmi les hommes puisqu'il est dit que le second avènement sera visible de tous le jour du jugement dernier. » Ces propos marquent bien la pluralité des mouvances qui cohabitent au sein de la « Nation Rasta ». La dernière frange de rastas mentionnée par Yesehaq semble correspondre aux rastas dits « orthodoxes », ayant de ce fait accepté le baptême et se plaçant du même coup sous la férule ecclésiastique de l'Ethiopian Orthodox Church. Un événement allait générer un grand nombre de défections et mettre en péril l'église éthiopienne en Jamaïque. Un service de prières oecuménique fût conjointement conduit par l'EOC, les anglicans et .... l'église catholique romaine. Yesehaq décrit l'état de crise : Plusieurs centaines de membres quittèrent l'église éthiopienne (...) la nouvelle église Saint Peter fût fermée.

En 1992, l'Abuna Paulos fût élu à la tête de l'EOC. Yesehaq contesta cette élection et fût suspendu de ses fonctions. Moins sensible aux subtilités spirituelles des rastas, le dogmatique patriarche Paulos dénonça le culte rasta comme étant « une grave hérésie ». En 1989, l'Ethiopian Orthodox Church recensait quelques 15000 actes de baptême. Cette église s'est d'autre part implantée en Angleterre, aux USA, à Trinidad et Tobago, en Guyane anglaise, au Soudan, en Israël, au Canada& Les rastas maintiennent quant à eux une attitude ambivalente envers l'Eglise dEthiopie, oscillant entre l'attirance et la répulsion. Etroitement associé à de l « esclavage mental », le prêche dominical s'apparente à leurs yeux à une tentative supplémentaire pour maintenir le peuple noir dans l'ignorance et dans une forme d'idolâtrie mensongère.

Comment dès lors vénérer et s'agenouiller devant les représentations iconographiques d'un Christ blanc ? Pétris malgré tout de culture chrétienne, les Rastas ont dépassé ce dilemme en élaborant une forme de christologie noire centrée sur la figure hiératique et lointaine d'Haïlé Sélassié Ier, le « Black Living God ». Une phrase extraite dun chant traditionnel rastafarien illustre parfaitement cette position : « They say Jesus, We say Negus ». La plupart des rastas se sont défiés de toute conversion au christianisme, aussi éthiopien soit-il, préférant vivre une spiritualité libre. En guise de profession de foi, les Rastafariens citent et récitent certains extraits des écrits (considérés comme le « Troisième Testament ») de Haïlé Sélassié : « Il nous faut cesser de confondre religion et spiritualité. La religion est un ensemble de lois, de règlements et de rituels édifiés par les hommes, cadre supposé ainsi aider les peuples à développer une spiritualité. En raison de l'imperfection même de l'homme, la religion s'est corrompue, s'est politisée, s'est divisée et est devenue un outil dans la lutte pour le pouvoir. La spiritualité n'est ni théologie, ni idéologie. C'est tout simplement un mode de vie, pur et original, qui nous a été donné par le Créateur. La spiritualité est une toile qui nous relie entre nous,au Très-Haut, et à l'univers. »

Article tirée de Ragga n°34 (octobre 2002)


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