
A l'origine, le culte des Ras Tafarians est dénué de toute expression musicale. Exilés et dépossédés de leur culture ancestrale, les rastas vont au terme des années trente rencontrer les tambourinaires Burru qui perpétuent les rythmes africains.
Les affinités rapprochant les deux communautés s'expliquent aisément : Burru et Rastas vivent en marge de toute intégration sociale. En fusionnant, les deux groupes feront naître la musique Nyabinghi dont les " rootical vibes " président (en partie, tout du moins) à l'apparition du Reggae.
Originaires de Clarendon, tout comme les Marroons, les percussionnistes Burru se sont par la suite regroupés dans les quartiers défavorisés de Kingston. Célébrant la libération des prisonniers, ces hommes redoutés de la bonne société jamaïquaine, vont très vite souscrire à l'idéologie libératrice développée par les rastafariens, tout comme ces derniers adopteront la musique Burru.Kumina & Burru
A l'est de la Jamaïque vit une toute autre communauté cultivant l'africanité : la religion Kumina se réclamant de la " Nation Bongo ". Pourvus de deux percus cylindriques dites " ngoma " aux sonorités distinctes (le " playing cast " et le " Kibandu "), les adeptes invoquent les esprits des morts. Danse et transe se succèdent dans des cérémonials de possession. La musique adoucit les morts et l'esprit des ancêtres entrent en contact avec leurs descendants. Le camp rasta du Pinnacle, sous la férule de Leonard Howell, s'inspirera de cette musicalité rituelle pour accompagner les hymnes dédiés à la gloire de l'Ethiopie et de son monarque. Le débat ethnomusicologique sur les origines de la musique rasta se heurte à de multiples obstacles. Bon nombre de rastas dénigrent le Kumina qu'ils estiment entachés de superstition. Rastafari est une religion de la vie qui ne peut s'accommoder d'un culte des morts. Si l'influence Burru sous-tend la musique Nyabinghi, les howellites quant à eux ont bel et bien été fascinés par les vibrations Kumina.
Nyabinghi Drumming Style
L'ensemble instrumental Nyabinghi comporte trois percussions (" akete " ou " kete ") spécifiques : le " funde ", le " Bass Drum " et le " Repeater ". Le Bass Drum s'apparente à une grosse caisse que l'on martèle à l'aide d'un mailloche : il mime les battements du cœur (Heartbeat). S'il est destiné à traduire la régularité des pulsations cardiaques, le rythme peut varier et imiter les coups de tonnerre (Thunder Clap). Le Funde (ou Fundae) se caractérise par sa régularité rythmique (Double Pulse). Tambour soliste, le repeater mène le jeu et improvise. La spontanéité polyrythmique et les ridims syncopés contrastent avec le continuum quasi métronomique du Funde et de la Bass. La complexité tonale et la polyrythmie pulsées par le batteur du repeater nécessite une très grande dextérité : ce sont les bouts des doigts qui frappent le bord du tambour. Des instruments additionnels se greffent parfois aux nyabinghi drums comme la rhumba box ou les saxas. Les drums sont recouverts d'une peau de chèvre cerclée par des tiges métalliques qui maintiennent la tension.
Count Ossie et les Mystic Revelation of Rastafari
Au contact du tambourinaire Burru, Brother Job, le rastafarien Count Ossie (né Oswald Williams) s'initie aux subtilités sonores du repeater et s'imposera rapidement comme le maître ès " groundation " (session nyabinghi) dans le prolongement duquel on trouve Bongo Herman, Ras Michael et les Sons of Negus ou encore Alvin " seeco " Patterson (le batteur des Wailers) pour ne citer qu'eux. D'autres experts en repeater affectionnent un style plus incisif et percutant que feu Count Ossie (décédé dans un crash automobile en 1976). L'aîné Jah Bones relate l'anecdote suivante : durant la convention nyabinghi de 1958, les rastas délaissèrent la sérénité du tempo de Count Ossie, lui préférant la frappe explosive de Brother John (ou de Brother Rubba) qui claquait la peau en son centre, paumes ouvertes. Entre l'est de Kingston (où se situait le centre culturel d'Ossie) et les rastas de West Kingston, l'harmonie n'était pas toujours au rendez-vous. Parallélement à Count Ossie, l'elder nyabinghi Pa Ashanti occupe une place primordiale dans l'élaboration de cette musique. Par la suite, Ossie fera la connaissance de Cedric " I-m " Brooks (saxophoniste, flûtiste et clarinettiste) de Samuel Clayton (orateur rasta) et d'autres instrumentistes pour co-fonder les légendaires Mystic Revelation Of Rastafari (MRR). Plus qu'une musique purement festive ou religieuse, Ras Sam Brown définissait les grounations nyabinghi comme de véritables " cérémonies cathartiques ".















