L’apparition des Dreadlocks en Jamaïque
Pour comprendre dans quel contexte les dreadlocks sont apparues en Jamaïque, on doit se pencher sur la philosophie Rastafari afin d’en comprendre les principes.
Par essence Rastafari n’est pas à proprement parler une religion mais une façon de vivre, « Livity ». C’est une spiritualité qui permet une liberté d’interprétation que chaque Rasta trouve en lui-même.
«Nous devons cesser de confondre religion et spiritualité. La religion est constituée des règles, des lois et des rituels, créés par l'homme (...). En raison de l'imperfection de l'homme, la religion est devenue corrompue, politique, elle a été divisée, et est devenu un outil dans la lutte pour le pouvoir. La spiritualité n'est ni théologie, ni idéologie. C'est tout simplement un mode de vie, pur et original, qui nous est donné par le créateur. " Haïlé Sélassié I
Haïlé Sélassié I, empereur d’Ethiopie de 1930 à 1974, 225 °descendant de la reine de Saba et du roi Salomon, est vu par les Rastas comme l’incarnation royale de Dieu sur terre.
Les premiers Rastas ne portaient pas de dreadlocks mais une barbe et une chevelure très soignée. Ils étaient surnommés « les barbus » (beardmen) et suivaient l’exemple d’Haïlé Sélassié I qui avait une barbe et une coiffure ordonnée.
Le terme dreadlocks apparaît en Jamaïque en 1950 au sein d’un groupe nommé « Young Black Faith ». Ce seraient les premiers Rastas jamaïcains à porter les dreadlocks et à leur avoir donné cette terminologie.
Ils décidèrent alors de laisser leurs dreadlocks pousser pour affirmer leurs origines et se distinguer ainsi des descendants d’esclaves résignés. Se peigner ou se défriser les cheveux signifiait que l'on restait dominé par la civilisation occidentale et ses canons esthétiques. Cette deuxième génération de Rastas, sous l’impulsion de leur leader Bongo Watto se placent en rupture avec la première génération des prédicateurs tel Leonard Howell. Surnommés « Dreadfuls » ou « Warriors », ils ont adopté le port des dreadlocks comme signe identitaire. Bongo Watto que l’on appelle Ras Boanerges "le fils de la foudre" considère dès lors la ganja et les dreadlocks comme sacrés.
L’une des coupes de cheveux les plus en vu de notre siècle fut longtemps considérés avec mépris. C’était une coiffure très marginale en Jamaïque et dans une grande partie des caraïbes. A leur début, les dreadlocks sont portées par les premiers Rastas dans un contexte cruel de persécution et de violence inouïe.
Facilement identifiable grâce à leurs dreadlocks, les Rastas sont la cible des autorités jamaïcaines qui les arrêtent, leur rasent les cheveux et parfois même les exécutent. Face à cette situation, ils se regroupent et s’organisent en communautés. Le Pinacle est la première communauté Rasta organisée. Elle est dirigée par Leonard Percival Howell. C’est une propriété située dans les montagnes de St. Catherine en Jamaïque qui comprend jusqu’à 2000 disciples. Détruite par la police en 1954, la communauté migre à Kingston dans le quartier de « Back’O’Wall »… qui sera également détruite avec violence en 1966.
De la Jamaïque à l’ile Maurice, il n’a pas toujours été bien vu d’être un Rastaman et d’arborer de longues dreadlocks.
Il faut attendre la popularité d’un certain Bob Marley et l’avènement du Reggae pour voir un début de reconnaissance à cette coiffure.
Extrait du livre « Le guide des dreadlocks » avec l’accord de l’éditeur.

















