Interview de Webcam HIFI

C'est avec un réel plaisir que je suis allé interviewer Fredread, fondateur de Webcam HIFI et du label Tube Dub Sound, dans son studio perché sur une colline lotoise. Ce vétéran de la scène dub française officie depuis 25 ans sans jamais faiblir.
Interview
Bonjour Fred, et merci de m’accueillir dans ton studio. Depuis combien de temps es-tu dans la mouvance reggae dub ?
Depuis que je suis ado, 16ans, ça va faire donc depuis 25 ans !
Après, ici dans ma région quand j’ai commencé à jouer de la musique, les gens étaient plus passionnés par le rock. C’était assez dur de trouver des gens fans de reggae et de dub.
Moi, j’ai toujours écouté du dub et du reggae, j’avais plein de copains à Paris et on allait en Sound System dans les années 80.
A l’époque, on voyait Raggasonic en Sound System, Tonton David, Puppa Leslie.
Après comme je t’ai dit, dans ma région j’ai du commencer par jouer du rock à défaut de jouer de trouver des gens passionnés.
Quand est ce que tu t’es intéressé au métier d’ingénieur du son ?
J’ai commencé à mes 18 ans, et j’étais vraiment un précurseur dans ma campagne. Je me suis fait connaître en faisant les maquettes de tous les groupes de la région. J’avais déjà un petit magnétophone 8 pistes, j’avais des micros.
Ce côté-là, m’a très vite plu, de pouvoir enregistrer en live, retravailler le son et d’avoir un petit studio.
Comment as-tu appris ce métier ?
La plupart du temps c’était en autodidacte, après j’avais un bon copain à Bordeaux qui avait un studio assez important à l’époque, le Chalet à Bordeaux. Le propriétaire J.M Sigrist, m’a pris sous son aile et m’a appris les rudiments du métier.
Après ça s’est vraiment accéléré parce que j’étais le seul à la campagne à pouvoir faire ça.
En fait il y avait pas non plus d’école pour apprendre tout ça, aujourd’hui je sais qu’il y a des BTS et autres, mais avant rien n’existait.
Comment se trouvait la scène dub et les Sound System, il y a 25 ans ?
C’était très minime, à part bien sur à Paris. Pour ce qui est de la scène UK Dub, quasiment personne n’en faisait en France. Déjà la scène anglaise en 1984, elle commençait à peine, avec Jah Shakka et autres. Les noms que les jeunes apprécient en France n’avaient même pas commencé, que ça soit Rust, Disciples, Bush Chemist, tous ces gens là commençaient. La scène anglaise était donc inexistante en France et encore plus en Sound System.
En France, ça fait vraiment trois ans, que tout le monde est à fond, les sound system, le dub anglais et les Dub Stations. C’est très récent !
Quel est pour toi le groupe qui a fait naître la passion Dub en France ?
Moi, je dirais plus Improvisator Dub, c’est eux qui se rapproche le plus des fondations dub jamaïquaines. Le dub c’est quand même du reggae, c’est pour cette raison que je ne dirais pas High Tone qui fait un son plus électro-dub.
Ce sont vraiment eux qui ont amené autant cette scène Live sans renier la scène Sound System, toujours en référence à Lee Scratch Perry, King Tubby mais aussi toute la scène anglaise.
Moi j’ai un peu plus de mal quand on colle des étiquettes reggae dub à des morceaux un peu plus électro.
Le reggae c’est une musique militante, le dub c’est une musique militante, il y a une très forte spiritualité. Après on partage ou on ne partage pas cet avis mais c’est quand même l’histoire de cette musique. On peut faire à sa sauce mais on ne peut pas refaire l’histoire.
C’est une musique pleine de valeurs de justice sociale, de reconnaissance du peuple noir, de ce qu’a été l’esclavage. C’est pour ça qu’attendre une musique de club vaguement dansante et appeler ça du dub, moi ça me gène.
Pour rappeler un peu l’histoire, des jamaïquains sont venus vivre en Angleterre parce que la Jamaïque était une colonie anglaise et c’est à partir de là que toute la scène Dub Uk s’est mis en place en Angleterre. Tous ces jeunes blancs anglais, de la génération des années 90, allaient en classe avec des jamaïcains et ont découvert leur son comme ça.
Justement en parlant de l’Angleterre, des personnes issues du Punk ont pas mal aidé cette musique à s’émanciper en UK ?
Ah oui, totalement! A l’époque, Margareth Thatcher a été élue première ministre d’Angleterre, un peu l’équivalent de nous maintenant, la récession économique, le racisme exacerbé.
Les punks et les rastas s’unissaient, et ça a donné la naissance à des évènements comme Rock Against The Racism, on pouvait voir sur la même affiche, The Clash et Aswad .
Moi à l’époque, j’étais fan de groupes comme The Clash qui d’ailleurs mixaient leurs albums avec des titres Reggae, il y a même eu un album mixé par Lee Perry. Il y avait un autre groupe américain dont j’étais super fan, Bad Brains qui mélangeaient hardcore et rasta, et tout ça à la même époque, c’était hyper novateur et les gens hallucinaient !
Tu trouvais sur la même scène des noirs avec des dreads et des punks blancs.
Regarde aujourd’hui, ce genre d’évènement ça fait rêver à l’heure de l’individualisme ou chacun regarde pour sa poire.
Pour en revenir à ta musique, tu te situes où dans tes créations musicales ?
Moi je me sens plus proche définitivement des sons jamaïquains, ça me parle pas beaucoup tous les styles digitaux, bourrins, je ne suis pas hyper fan (rires). Après j’apprécie des artistes anglais comme Dennis Bowell, le bassiste de LKJ qui a fait des albums fabuleux en tant qu’ingénieur du son, aussi Twilight Circus et Nucleus Roots, ce sont des groupes dont je me sens proche.
Tu as actuellement ton propre studio en pleine campagne lotoise, est ce que ça ne te pénalise pas de ne t’être pas installé dans une grande ville ?
Moi déjà, c’est le mode de vie qui me convient le plus, là où j’ai le meilleur équilibre. Je suis définitivement quelqu’un de la ville et les années passant on essaye toujours d’aller vers la vie qu’on aime, qu’on a rêvé quand on était enfant, et là sans prétention je m’en rapproche. Si on m’avait dit quand j’étais gamin que je me construirai une maison en bois dans le sud de la France où j’aurai mon petit studio…
Ici je suis au calme, je fais mon jardin, mes légumes, je me réchauffe au bois, j’ai l’impression d’être en accord avec moi-même et les idées que je défends dans un Sound System quand je joue. Ce n’est pas simplement un discours, c’est aussi un mode de vie.
Après grâce à Internet, je ne ressens pas l’éloignement pour le bizness des vinyles et pour trouver des dates de concerts.
Je dois passer 4 mois de l’année en tournée et j’essaye toujours de passer un mois en Afrique, donc je ne reste pas cloitré ici toute l’année, ça aide aussi.
Pour ton premier album, as-tu enregistré les artistes dans ton studio ?
Non pas beaucoup, après ça commencerait à faire cher de les amener jusqu’au studio. Les jamaïquains, c’est très très dur s’ils ne sont pas en tournée au niveau des passeports et visas. Pour l’essentiel, ce sont des contacts que j’ai eu à force de tourner, comme Vibronics en Angleterre qui me connecte avec pas mal d’artistes, j’ai aussi un bon contact avec Tony Tuff des Africans Brothers qui jouait à l’époque avec Sugar Minott.
Dans tous les artistes que j’ai produit, j’ai du en rencontrer un tiers. Internet facilite pas mal les choses.
Comment s’est passé ta collaboration avec Weeding Dub et ta tournée européenne ?
Oui avec Romain de Weeding Dub, qui a d’ailleurs habité un an ici !
Donc Romain est originaire de Lille et il est venu habiter ici un an, comme on était déjà ami, d’être aussi proche ça a permis de travailler ensemble, de faire pas mal de morceaux au studio et s’est enchainé une grosse tournée européenne de 28 dates dans 8 pays différents. On a reçu tout au long de la tournée, un très bon accueil du public. L’année dernière on est parti faire quelques dates au Mexique et ces derniers mois vient de sortir un vinyle avec Webcam HiFi et le remix de Weeding Dub.
C’est un peu l’aboutissement de deux ans de travail passé ensemble.
Tu t’occupes de la production de tes vinyles et aussi de leur presse ?
Pour la presse des vinyles, je faisais appel à des boites Anglaises mais maintenant je travaille avec Cyril, un frère, distributeur sous le nom de Control Tower. Le dernier vinyle que j’ai sorti, est distribué par eux et je les remercie parce qu’ils m’apportent une aide conséquente. Donc maintenant j’arrête la distribution et je ne me consacre qu’à la production.
Interruption de l’interview par un coup de fil de Blackboard Jungle
Excuse moi c’était Olive de Blackboard Jungle
Est ce qu’on peut dire qu’il y a une petite famille dans le reggae dub ?
Une famille, je ne sais pas, moi je m’entends bien avec des gens comme Blackboard Jungle, parce qu’on partage la même passion mais aussi en tant qu’homme. Après ce n’est pas vrai partout, y a des gens qui disent Unity en Sound et ce sont les premiers à clasher d’autres personnes. Déjà la famille du Reggae, elle est super divisée, il y a tellement de styles différents. Moi quand je joue il y a pas beaucoup d’Antillais qui viennent, les soirées Dub Station qui cartonnent en ce moment, il n’y a pas un black.
Le Dub Sound System façon UK en France, c’est une musique de blancs. L’avantage des Dub Station, c’est qu’elles réunissent un large public, pas que des amateurs de reggae. Tu vois des gens qui viennent du milieu Free Party, t’en vois d’autres parce que la basse tape, etc.…
Aujourd’hui, il y a un gros engouement pour les Dub Stations, est ce que ça va durer, personne ne peut le prévoir.
Moi ça fait 25 ans que je suis là, je serais toujours là dans 3 ans.
Quels sont tes futurs projets ?
Je vais repartir en tournée en France, Italie, Croatie, Bulgarie, Roumanie, Serbie, Slovénie, Macédoine tout le mois de Mars.
Ensuite j’ai un album à mixer, du jamaïquain Echo Minott, pour le label bordelais Uniteam.
Personnellement, pour Webcam HiFi et Tube Dub Sound Records, je vais sortir un album en automne 2011, version vinyle avec une belle pochette et en CD aussi.
On pourra retrouver dessus, Trevor Junior, un vétéran jamaïquain. Il y aura aussi Lyrical Benji, Ras Zachary, Anna une chanteuse qui se produit en live avec moi et aussi l’anglais Echo Ranks qui joue pas mal avec Iration Steppas et Vibronics.
Je suis en train de le fignoler et tout devrait être prêt pour cet automne.
Si tu ne devais prendre que cinq albums sur une île déserte, que choisirais-tu ?
Alors d’office, un Sly and Robbie, Black Uruhu “Dub mixé par Jammys”, Aswad “New Chapter Of Dub”, Linval Thompson et un groupe Français “No More Babylon” qui pour moi est le meilleur groupe français de reggae.
Qu’est ce que tu écoutes en ce moment ?
J’écoute Earl Zéro, le chanteur du Soul Syndicate, le vieux groupe jamaïquain qui vient de produire un album produit par Roberto Sanchez, l’espagnol qui jouait d’ailleurs dans Dub Basque Fondation. J’ai acheté aussi le dernier 45t de Ticklah avec un featuring de Sugar Minott. J’ai aussi acheté la dernière tune de Dub Casum, j’adore ce groupe anglais.
As-tu un dernier message à passer ?
Big Up Fullroots pour l’intérêt que vous portez à Webcam HiFi !
Et continuons à créer du Dub, à faire des soirées Dub, à mixer du Dub !
Interview par Miro.

















